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10/03/2015

Parution de mon livre! (enfin...)

couverture ballade napolitaine.jpg

Et bé voilà, finalement je l'ai fait, il est là, un joli livre pour découvrir Naples comme je l'ai vécu. L'idée de faire ce livre me trottait déjà dans la tête quand j'étais à Naples, l'envie de partager mes découvertes et mes expériences dans cette ville. Je m'y suis attelé dès mon retour en France, ça m'a demandé beaucoup plus de temps que je n'aurais pensé, je me suis retrouvé avec une première version 700 pages sans m'en rendre compte, tellement j'avais de choses à raconter sur Naples. Beaucoup trop gros alors j'ai retravaillé le texte pour arriver à une version de 380 pages, ça n'a pas été facile mais je suis assez content du résultat...

Alors n'hésitez pas, allez voir sur le site pour plus d'infos. C'est le récit de 4 années à Naples, de la découverte de cette ville, de ses secrets, de ses folies, de ma folie d'y être resté. Et c'est avant tout l'histoire d'une sirène. pour savoir pourquoi, et bien lisez-le...

 

Youri

 

13:11 Publié dans Naples | Lien permanent | Commentaires (0)

31/08/2013

Au pays de l'Arc en ciel

 

 

Après deux jours de stop sur la route du rainbow, je touche au but. J'ai commencé l'ascension de la montagne où est sensé se dérouler le rassemblement. Meme s'il n'y a toujours aucun signe d'un rassemblement dans les alentours je sens que j'y suis presque, je peux tomber sur le campement à tout moment, au détour d'un virage.  J'arrive sur un replat, une jolie prairie entourée de petites collines. Toujours rien. D'un coté, je suis impatient d'arriver, pour voir enfin ce qui m'attend, de l'autre je ne suis pas pressé de finir le périple et puis j'ai un peu d'appréhension quand meme sur ce que je vais trouver, débarquer comme ça tout seul au milieu de plein de gens inconnus, c'est pas si facile, surtout que je ne suis pas spécialement hippie moi.

Je fais une pause. Je m'allonge dans l'herbe au milieu de la prairie et reste là à regarder les nuages passer. Mais j'entends des voix qui passent derrière moi. Je me retourne et vois un groupe de jeunes chargés de plein d'affaires qui disparaissent de l'autre coté d'une des petites collines qui entourent la prairie. Tiens? Ça serait bien là le rainbow. Je me lève et je vais jeter un coup d'oeil. Arrivé au sommet je m'attends à découvrir tout un campement mais il n'y a rien qu'une grande prairie, vide. Et un petit panneau, peint aux couleurs de l'arc-en-ciel! Une flèche indique la direction d'où je viens.  Je serais donc passé devant le rainbow sans le voir... Je rebrousse chemin.

Je croise d'autres personnes avec de gros sac à dos. Ils me disent « Welcome », l'un deux me prend dans ses bras. Je suis sur la bonne piste... J'arrive à une petite bifurcation. À gauche le chemin par où je suis arrivé, et tout droit, un petit sentier. Je ne m'en étais pas aperçu mais il y a une flèche dessinée sur le sol avec des cailloux. C'est le chemin. De place en place, des petits bouts de bois sont suspendus aux branches avec des rubans.

Trouver un rainbow n'est pas si facile. Il y a bien un lieu de RDV qui est diffusé sur internet ou que l'on s'envoie par chaine de mails mais une fois sur place, il n'y aucune indication pour arriver au lieu exact. C'est généralement un lieu à une demi-heure de marche de la route, en pleine nature, auquel on accède en suivant les petits indices égrainés le long du chemin. Il faut avoir l’œil. 

Toujours suivant ces petits indices, je pénètre dans une petite pinède ; je croise un jeune barbu en train de couper un arbre à la scie. « Welcome! » Il me dit que je ne suis plus très loin du campement. Un sentier formé par de nombreuses traces de pas serpente  dans la pinède. Un attrape-reves est accroché entre les troncs. Je passe devant une tente, puis une autre, et encore d'autres, disséminées sous les pins. Les gens se réveillent et me saluent gentiment : « bonjour » « welcome ! Le sentier se faufile entre les buis puis finit par sortir de la foret. Et c'est tout d'un coup l'impression d'avoir été transporté dans un autre monde :

Je me retrouve dans une grande clairière avec plein de monde partout, un peu comme face à un campement indien : quelques grandes tentes, genre tipis, les gens sont pieds nus, beaucoup torse nu, des vêtements en tissu snaturels, la plupart ont les cheveux longs ou des dreadlocks. Certains font de la musique, d'autres jonglent ou sont juste assis par terre à discuter, paisibles, souriants; d'autres méditent, ou se font des massages. Les enfants passent en courant autour d'eux. La clairière est traversée par un tout petit ruisseau, enjambé par une passerelle en bois. Il y a un petit moulin qui tourne dans le courant . Il ne sert à rien mais c'est joli. À terre, un joli mandala en étoile fait avec des cailloux et des pommes de pin. Des panneaux colorés disposés ça et là donnent des indications pour les nouveaux venus, les quelques règles de fonctionnement, les différents lieux du campement, quelques mantras pour la Mère Terre, des messages d'amour. Un petit groupe est en train de cuisiner sous une grande bache blanche. Sur une petite butte au milieu de la clairière, un grand foyer. C'est le feu sacré, il reste allumé en permanence.

Je pose mon sac et contemple tout ça, fasciné. Ça semble à peine réel.. Dans un coin, des gens en cercle sont en train de finir une activité. Certains ont tendu des cordes entre des arbres et s'exercent à marcher en équilibre, d'autres méditent face au soleil ou font du yoga. On se croirait exactement dans le film « La Belle Verte ».

 

Un gars se lève et vient à ma rencontre. Je le reconnais, c'est Nicolas ! On s'est croisé il y a deux semaines à la communauté de Saint-Antoine. On est tout surpris de se retrouver là. Mais tout un coup, un grand cri dans le campement : «  HELP IN THE SHIT PIT! » « ah excuse moi, j'ai promis que je donnais un coup de main ». Et il disparaît dans la foret.

J'explore un peu le campement. Il y a le coin cuisine, le coin douche, le Shit Pit (les toilettes) un peu plus loin, le temple de la musique, dans un coin des filets ont été accrochés dans les arbres pour les jeux des enfants, quelques tipis et une tente où l'on boit le thé ou du tchai. De l'autre coté de la clairière, il y a un versant en terrasse avec quelques arbres et un magnifique tapis de fleurs de toute les couleurs. C'est incroyablement charmant. Quelques tentes se sont installées là, à l'ombre des arbres, au milieu des fleurs. Il y a plein de petits sentiers. Je trouve un joli coin vers le haut du versant. J'installe ma tente en essayant de piétiner le moins possible les fleurs. Puis, je m'assois devant ma tente et savoure la beauté du lieu et la joie d'être arrivé. Un fille dans une jolie robe à fleur passe devant moi et me salue avec un joli sourire... Le bonheur!

 

 « FOOD CIRCLE, NOW ! » Un nouvel appel retentit dans tout le campement : c'est l'heure du repas. Tout le monde se retrouve autour du feu. On fait un grand cercle en se tenant par la main . Qui veut commence à entonner une chanson. Ce sont les chansons rainbow, sur la joie d'être tous ensemble «  Every little cell in my body is happy » « We are one, in harmony...» Je retrouve les memes chansons que j'avais appris il y a 3 ans lors d'un précédent rainbow en Italie, je suis trop content. Quelqu'un lance une chaine de bisous.  Tu fais un bisou à ton voisin et il doit ensuite le faire au suivant. Sur la main, sur la joue, sur le front... Un autre lance une chaîne de calins, c'est trop drôle. L'ambiance est bon enfant. Et puis c'est le moment du « Om ». Tout le monde se met à faire la syllabe sacrée. C'est impressionnant, ça vibre. Pour finir, on remercie le ciel et la Pachamama et chacun s'installe pour manger avec son écuelle. On demande des bénévoles pour servir. Quelques personnes se lèvent et vont donner un coup de main. Les cuisiniers apportent les grosses casseroles et commencent le tour du cercle. Il y a beaucoup de monde, plus de 150 personnes. Ça prend du temps, mais ça tombe bien, on a le temps. Je retrouve Nicolas, on s'étonne de se retrouver là. Il est comme moi, pas spécialement hippie à la base, un ami lui a donné l'info, il est venu par curiosité et il s'habitue peu à peu. Au début, il était un peu mal à l'aise, surtout au niveau de l'apparence, la plupart ont la barbe, les cheveux longs, les vêtements baba cool. Pas une seule marque sur les vêtements. Moi aussi ça m'avait frappé la première fois. Mais en fait tout le monde est accepté comme il est, l'important est de respecter les valeurs du rainbow.

A la fin du repas, c'est le moment du « focus! » : qui veut faire passer une info se lève en criant Focus! et s'adresse au cercle. Une femme rappelle qu'il ne faut pas mettre de savon dans le ruisseau, même végétal, car l'eau est pure, on doit la laisser propre pour le village en dessous. Quelqu'un à côté d'elle traduit en anglais car il y beaucoup d'étrangers. D'autres se lèvent pour proposer des ateliers pour l'après midi : contes, chant diphonique, écoute de son « enfant intérieur », connection avec les plantes. Tout est absolument bénévole, volontaire, qui a envie de partager quelque chose le fait avec plaisir.

Mais avant la fin du repas, c'est le moment du chapeau magique : un petit groupe avec des instruments fait le tour du cercle en chantant et fait passer un chapeau. Dans le chapeau, chacun met un bisou. À la fin, - c'est magique! -, le chapeau est rempli d'argent! Ça servira à financer l'achat de nourriture pour les prochains repas...

 

ça paraît assez incroyable tout ça, non? Tout est autogéré et ça marche, le tout dans un esprit peace and love. On se croirait retourné dans les années 70. Ainsi donc, les hippies sont toujours là...

En fait, contrairement à ce qu'on croit le mouvement n'a jamais vraiment disparu. Il s'est fait plus discret pour retourner à ses vraies valeurs. Ces rassemblements ont commencé dans les années 70, grace au contact entre de jeunes américains qui voulaient sortir du systeme et des tribus indiennes qui leur ont transmis leurs valeurs d'amour et d'harmonie avec la Terre. La face connue c'est le mouvement hippie qui a un peu dégénéré vers l'amour libre et la consommation de drogues de toutes sortes. Mais ces rassemblements on continué de manière plus ou moins discrete en essayant de conserver les valeurs de base : respect de la nature, autogestion, pas d'alcool et pas de drogue. C'est assez incroyable mais en effet il n'y a pas d'alcool qui circule. Le soir, quand tout le monde est réuni autour du feu, c'est une bouteille d'eau qui circule..

Le rassemblement rainbow est complètement autogéré, pas de chef, tout le monde aide bénévolement. Pour l'organisation plus générale, c'est un conseil avec les habitués qui se retrouve de temps en temps en cercle avec le baton de parole et les décisions sont prises au consensus

 

Ils gèrent le matériel collectif, organisent les quelques responsabilités, comme les tours de cuisine, l'achat de nourriture. Au cours de l'année, une équipe de bénévoles se charge de trouver l'emplacement du futur rainbow. Ça change chaque année mais c'est  toujours un joli coin de nature. Ils s'occupent d'avoir l'accord du propriétaire et de la commune. Et quand le rassemblement est fini, une équipe reste nettoyer pour laisser tout propre, au maximum comme on l'a trouvé.

 

Et je suis donc resté quelques jours dans ce petit paradis

Le matin je me lève, il fait un beau soleil. Je sors la tête de la tente, je vois les papillons qui volent au milieu des fleurs.

Dans la clairière, il y a déjà du monde, des enfants, des gens qui méditent, qui font du Yoga, tout est paisible.

J'expérimente le Shit Pit, le coin toilette. Un petit sentier mène à un petit bosquet où une petite tranchée a été creusée. Un petit panneau à l'entrée explique comment bien déposer son « présent à la Terre » Les gens attendent leur tour en discutant, assis sur un tronc. Il y a une bouteille d'eau vinaigrée pour se laver les mains, des cendres pour recouvrir. On passe devant les anciennes tranchées remplies et recouvertes : c'est tout propre,  on voit à peine les traces qu'il y avait quelque chose à cet endroit, la seule différence sera que les arbres grandiront mieux à cet endroit.  Quand une tranchée est pleine, le responsable crie « help in the shit pit ! » et une équipe vient aider à en creuser une nouvelle.

J'expérimente aussi la douche. C'est un simple tuyau qui vient de la rivière, soutenu par un trépied en bois, avec un genre de palette pour poser les pieds, le tout au milieu des fleurs et des buissons. Les gens attendent leur tour, d'autres se sèchent au soleil, tous nus.

Et puis je fais mon tour d'aide à la cuisine. C'est quand on a envie. Mais s'il n'y a vraiment personne pour aider on crie « help for the kitchen ! » et d'autres volontaires arrivent.

On lave la vaisselle de la veille (les gros plats, car les assiettes, chacun lave la sienne. Il y a une tente cuisine. Comme un camp scout, une table est construite en bois, sous une grande bâche tendue. On se lave les mains avant avec du vinaigre et de la cendre. Une petite tranchée remplie de cailloux sert à l'évacuation des eaux. Il y a un trou un peu plus loin pour le compost qui sera recouvert à la fin. Pour les autres déchets non naturels , chacun garde les siens et les ramène avec lui quand il quitte le campement. Le tour de cuisine très sympa, on expérimente un peu. On cuit au feu de bois. Il y a de grosses casseroles qui appartiennent à la rainbow family. Il y a un volontaire responsable pour chaque tour de cuisine, déterminé un peu à l'avance, parmi ceux qui ont déjà un peu l'expérience des rainbows. Aujourd'hui, on tente un méga mix de flocons d'avoine : potiron, carottes, oignons, betterave, gingembre pour le salé et pommes, banane, orange, dattes pour le sucré. Pas mal. Toute la nourriture est bio, acheté avec l'argent du chapeau magique. Régulièrement certains se chargent de retourner dans la vallée pour chercher la nourriture ou passer commande.

 

Le reste de la journée est occupée à faire des balades dans les alentours, superbes, joli coin des Alpes de Haute Povence, avec les sommets du Mercantour au loin, ou à participer aux différents ateliers proposés en continu. Je participe notamment à un atelier conte, une initiation au tao et à l'aikido, une reconnaissance des plantes comestibles (passionnant !), un autre de connection avec les plantes (un peu bizarre, il faut réussir à capter l'aura..) et un génial atelier de « sound painting », peinture du son où on fait un genre d'orchestre vocal.

 

Le soir, après le repas, souvent, la chanson du chapeau magique ne s'arrête plus, tout le monde se met à danser derrière le petit groupe et c'est le début de la fête autour du feu. Evidemment il y a des percussions mais aussi des musiciens incroyables qui jouent de la trompette, du violon,  de l'accordéon et autres. La musique est vraiment de qualité et tout est acoustique.

Le feu principal est le feu sacré, qui reste allumé en permanence. Autour du foyer, on ne fume pas et on enlève ses chaussures par respect. Il y a aussi deux ou trois autres feux dans d'autres coins avec d'autres ambiances, comme des badjanes, ces chants indiens, ou du jazz manouche

 

Un après midi, on entend l'appel « help for the food ! » Il faut aller donner un coup de main pour aller chercher le chargement de nourriture, à une demi-heure à pied. Les gens sont moyennement motivés mais on est un petit groupe à y aller. En chemin je fais connaissance avec Manu. Il est arrivé au rainbow par hasard, il faisait une randonnée à pied sur le GR et il est tombé sur le campement. Au début il a halluciné de voir tous ces gens à moitié nus qui faisaient plein de calins, et puis finalement il s'y est trouvé bien et ça fait trois semaines qu'il est là. On arrive au début du chemin carrossable où devrait attendre la voiture avec la nourriture. Il n'y a personne. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de réseau pour le téléphone alors c'est un peu dur de s'organiser. Mia sles gens attendent tranquillement, personne ne s'énerve. En discutant, avec les autres volontaires, je trouve du monde qui peut me ramener sur Montpellier à la fin de la semaine. Cool. Certains font un peu de méditation en attendant. Toujours rien. On est quelques uns à continuer à pied un plus loin, jusqu'à la tente du Welcome. Le Welcome, c'est un petit camp de filtrage, un petite tente à une demi-heure du rainbow où les gens se relaient pour informer les nouveaux venus, leur expliquer comment se passe un rainbow : pas de chiens, pas d'alcool, expliquer que ce n'est pas un festival ou la grosse teuf. Comme je suis arrivé par un autre chemin, je l'avais manqué à l'aller. Mais soudain, voilà un orage, on se réfugie sous la bache trouée. Heureusement, ça passe vite et comme il n'y a toujours pas de trace de l'approvisionnement, on se résigne à retourner au camp.

En revenant on croise un groupe qui vient aussi aider pour porter la nourriture. Ils viennent du camp. Ils nous disent que l'approvisionnement est arrivé. La plupart sont tous nus et plein de boue car il ont fait une danse sous la pluie pendant l'orage. On fait demi-tour sans trop y croire mais c'est vrai, entretemps la voiture est arrivée. C'est le maraicher avec son 4x4 qui a aidé à livrer toutes les cagettes de fruits. Le rainbow, c'est bien pour ça aussi, on fait marcher les producteurs locaux. Quelqu'un du groupe veut faire une bénédiction pour remercier la Mère Terre pour la nourriture. Le maraicher regarde ébahi tous ces gens nus en cercle en train de faire Om... Puis tout le monde revient à la queue leu leu sur le sentier dans la foret avec les caisses sur la tête. On dirait une tribu d'indigènes blancs, avec leurs cheveux longs, les corps bien bronzés de ceux qui sont habitués de se mettre nu, et ceux plus blancs des novices. C'est tellement naturel, c'est beau, tout simplement

 

Voilà, c'était un peu de l'ambiance du rainbow. C'est vraiment un autre monde et c'est incroyable de voir qu'un truc comme ça fonctionne, et avec une ambiance assez exceptionnelle

 

Je quitte le rassemblement au bout de quelques jours. Il vient d'y avoir une grosse pluie, tout le monde s'est réfugié sous les tentes communes. En se serrant il y a de la place pour tous. Pendant qu'on mange, certains commencent à faire de la musique. Du coup, l'ambiance très festive sous la pluie. J'aurais bien envie de rester encore, je commençais vraiment à m'habituer mais les gens qui vont à Montpellier partent maintenant. Bye bye rainbow. Pendant que je m'éloigne sur le sentier à travers la montagne, il y a surement eu un bel arc en ciel derrière moi.

 

 

 

13/07/2013

Sur la route de l'arc en ciel - 2

Le lendemain, je repars sur la petite route en direction du nord. En passant par là, du coup je vais passer par les Gorges du Verdon. Tant mieux, il paraît que c'est bien joli. Par contre, sur cette petite route, il n'y a absolument personne. Du coup je suis obligé d'aller à pied jusqu'au prochain village, qui s'appelle Bras. Je vais à Bras à pied... Arrivé à Bras, une voiture s'arrête aussitôt. C'est une fille qui bosse aux P'tis Débrouillards de Toulon, (Association d'éducation populaire à la Science, pour ceux qui ne connaissent pas.) Elle me raconte qu'elle va à une réunion à Aups pour organiser leur événement de l'été : l'asso a obtenu un partenariat avec Fred et Jamie, ils vont faire un mini-camion « C'est pas Sorcier » qui va sillonner tout le département du Var pendant l'été. Elle adore son métier, y trouve du sens. C'est aussi une adepte du Couchsurfing, l'hébergement gratuit. Du coup elle est tout à fait dans cet esprit, elle me raconte des anecdotes sur chaque village qu'on traverse.

La campagne est vraiment trop mignonne, c'est un coin du Var pas trop touristique, loin des grandes villes, on appelle ce coin « la Provence verte ». Je suis ravi de découvrir ce joli coin de France.

 

Elle me laisse donc à Aups, un joli petit bourg, typique provençal. Je fais une pause sur la place du village. Devant l'église, il y a un grand banc qui court sur toute la façade. Il entièrement recouvert par des petits vieux en train de discuter. Je trouve une petite place et m'installe parmi eux. Et bé, ça fait un sacré coup de jeune... En fait ils attendent le début d'un enterrement. Les discussions tournent autour de « Et bé, un de plus... À qui le tour maintenant ? Qui sera le prochain? » J'essaie de leur remonter le moral. Il y en a qui dit qu'il va avoir 90 ans. Je lui dis qu'il les fait pas (c'est vrai), il semble avoir 20 ans de moins. Il me raconte qu'avant il était dieseliste. Il conduisait les gros camions et à l'époque, c'était pas de la rigolade comme maintenant, pas de direction assistée et tout ça. Les femmes n'auraient pas pu conduire de gros bus ou camion comme maintenant. Mais ça s'est amélioré et tant mieux. Il était pompier aussi, il a cotisé et « ILS TOUCHERONT PAS A MA RETRAITE ! » Ok, ok, on n'y touchera pas..

Je traverse l'autre partie du village pour me diriger vers la route des Gorges du Verdon. J'attends un peu au mileiu des lotissements de la sortie du bourg. Un petit vieux passe et me dit « et bé, bon courage, il n'y a pas souvent de voitures qui s'arrêtent. » Comme fait exprès pour le démentir, une voiture s'arrête aussitôt.

On passe les collines au dessus d'Aups et c'est le changement total de paysage. Ça devient complètement sauvage, on voit les montagnes au loin, on ne se croirait plus trop en Provence maintenant. Ils me déposent au bout de 10 km. Je suis au milieu d'un endroit qui ressemble un peu à une steppe, entourée de montagne. Une autre voiture m'avance encore de 10 km. Puis un jeune qui m'avance vers Eyguines qui surplombe le Lac de Sainte-Croix. La route est très belle. Il m'explique qu'il travaille à l'école de Tourneurs sur bois d'Eyguines, une école réputée. Il y avait une grande tradition du travail du buis, avec lequel ils faisaient les boules de pétanque autrefois, des boules en bois recouvertes de tuiles de métal. Mais le village d'Eyguines n'est pas exceptionnel en fait. Il y a juste une belle esplanade qui domine le Lac de Sainte Croix au loin, 500 mètres en contrebas, d'un bleu turquoise un peu exagéré. On voit la montagne de Lure au loin. Un peu galère pour sortir de ce peit village excentré. Il n'y a que des touristes. Et les touristes ne prennent généralement pas trop d'autostoppeurs, car ils veulent leur liberter de flaner et s'arréter quand ils veulent. Je marche un peu jusqu'à un point de vue où quelques voitures sont arrétées. Je demande à des touristes s'ils ne peuvent pas juste me redescendre jusqu'à la route principale. OK. Ils ont l'air tout émoustillés de prendre un autostoppeur, c'est l'aventure. Des Lorrains. Sur la lancée ils m'amènent même jusqu'à l'entrée des gorges du verdon. Cool. Merci ! Les gorges du Verdon commencent juste en amont du grand lac de Sainte Croix. C'est comme un canyon mais plutôt étroit. C'est très touristique, donc très dur de se faire prendre en stop. La quasi totalitè de ceux qui passent sont des touristes qui découvrent les gorges en voitures et donc veulent prendre le temps de s'arrêter à chaque point de vue. Je les comprends. C'est pourquoi je prends mon mal en patience. Je sais que ça va être long. J'attends une bonne heure puis je vais me faire une petite sieste dans la pinède. Quand je reviens, au bout de 5 minutes, une voiture s'arrête. C'est pas un touriste justement. Il va vérifier les installations de gaz dans un centre de vacances de St Palud, à mi-chemin des gorges. Ça m'arrange.

La route est vraiment splendide. Plein de virages, on domine les gorges, d'immenses falaises qui se chevauchent et au loin le lac. Il y a plein de touristes garès partout. Beaucoup de voitures. Puis on passe un col, on est à 1000 mètres, et voilà le petit village où il me dépose.

Cette fois-ci, c'est un gros 4x4 qui s'arrête avec vitres noires et plaque diplomatique. À l'intérieur, deux jeunes américains, absolument pareils à ceux qu'on voit dans les séries pour ados, type campus californien. Ce sont deux gars de l'Utah qui sont en train de se faire un tour d'Europe de l'escalade. Ils ont commencé par l'Islande puis la Norvège, etc.. Ils ont un gros bouquin, type annuaire des pages jaunes qui est en fait le guide des meilleurs spots d'escalade en Europe.

Ils me déposent au point Sublime où le guide leur a promis une paroi incroyable à escalader. Je me retrouve sur la route, seul au milieu de ces gorges gigantesques, grandioses. Pour profiter de l'endroit, je décide de continuer à pied, tranquillement pendant quelques kilomètres. La route descend à flanc de falaise. Le flux de voitures de touristes c'est un peu calmé. La route descend encore et s'approche de la rivière. Je finis par trouver un coin où accéder à la rivière, en s'agrippant un peu aux rochers. Ça permet de me faire un bon bain dans le Verdon, la classe... Devant moi passent de temps en temps des gens en rafting, surpris de me voir au milieu de nulle part.

Je remonte tant bien que mal sur la route, et passe un virage. Les gorges s'arrêtent subitement, il y a une grande plage facile d'accès plein de monde. C'était bien la peine d'escalader les rochers...

Je fais une pause sur un petit pont. Une femme range sa voiture et me propose un cacolac. Merci! Elle me dit que ça doit être dur de randonner à pied comme ça avec un gros sac. Je lui dis qu'en fait je randonne pas, je fais du stop et d'ailleurs si elle pouvait m'avancer de quelques kilomètres ça m'arrangerait... Du coup, elle m'avance jusqu'au carrefour suivant. Je suis maintenant sorti des gorges, le stop devrait être plus facile.

C'est un touriste tchèque qui s'arrête. Il m'emmène jusqu'à Castellane, un bourg au fond d'une vallée encaissée, dominé par un énorme rocher noir. C'est vraiment les montagnes maintenant, c'est ambiance Alpes. Je me rapproche du lieu du rainbow, encore 30 kilomètres. Mais je sais que je n'y arriverai pas ce soir car ce sont des petites routes.

Je traverse le bourg qui est plutôt mignon. Je m'abrite d'une averse pendant 30 minutes. Puis revoici le soleil. Je marche jusqu'à la sortie de Castellane.

Un gars sympa me prend dans sa camionette. Lui aussi me dit son plaisir d'habiter là. Et pendant qu'il parle je suis fasciné par le paysage qui apparaît devant mes yeux. La route longe un lac magnifique, le Lac de Castellane, au milieu des grandes montagnes recouvertes de forêts dont les versants plongent directement dans l'eau d'un bleu profond, donnant une ambiance de fjord norvégien, avec les jeux d'ombre et de lumière de la fin d'après midi. C'est splendide. Il m'explique que dans ce lac, l'armée fait des test de sonars avec des sous-marins. Quand je lui dis que je vais camper il me conseille un bon coin près d'une chapelle dans le village suivant.

Je trouve rapidement une voiture et je m'arrête dans le village qu'il m'a conseillé. Il y a en effet une colline en plein milieu du village avec une chapelle en haut, et arrivé au sommet, je m'aperçoit qu'il y a effectivement un petit replat parfait pour mettre la tente et une très belle vue sur la vallée. Je me pose tranquille et profite des derniers rayons du soleil qui illuminent les montagnes sous le plafond nuageux. D'après la carte, le rainbow se trouve juste de l'autre côté de la grosse montagne que je vois en face.

 

Le lendemain, j'ai un peu du mal a quitté ce petit village. C'est un installateur de systemes de sécurité qui finit par me prendre. Il me raconte que son secteur ne connait absolument pas la crise... Il me laisse au carrefour de la petit eroute qui va vers le Touyet, ma destination. Une voiture s'arrête aussitôt. Une femme en sort et me dit « vous allez au rainbow ? Allez je vous emmène » Quand elle a vu mon gros sac elle a tout de suite deviné. Elle habite le village. D'ordinaire cette petit evallée est complètement déserte mais depuis trois semaines ils voient affluer des routards d'un peu partout pou rle rainbow. Elle est conseillère municipale au village, c'est elle qui a donné l'autorisation pour le rassemblement. Au début, ils étaient un peu inquiets et puis en fait ça se passe super bien. Elle a été assister au feu de la pleine lune pour la Saint Jean et elle a adoré, elle me dit qu'elle est contente d'avoir vu ça au moins une fois dans sa vie !

Elle ne monte pas jusqu'au Touyet mais là où elle me dépose, elle m'indique un chemin qui est en fait un raccourci, en moins d'une heure je devrais y être...

 

Bien , après ce long périple, m'y voici enfin. Ca fait un peu bizarre. Je ne sais pas vraiment sur quoi je vais tomber. Il y a un peu d'appréhension quand même, je ne sais pas vraiment sur quoi je vais tomber, est-ce que ce sera comme en Italie. Et puis il n'y a absolument aucun signe d'un grand rassemblement à proximité, aucun panneau, juste le témoignage de cette femme.

Je monte tranquillement le chemin. C'est raide mais la vue est magnifique, complètement sauvage. Le grand silence. Je finis par arriver sur un replat au milieu des sapins, une petite prairie d'altitude. Je prends mon temps. Je m'allonge dans l'herbe, je regarde les nuages qui passent lentement dans le ciel bleu. Je savoure l'instant...

Sur la route de l'arc en ciel - 1

Le soleil n'est jamais aussi beau qu'un jour où l'on se met en route”

Jean GIONO

 

Je voudrais vous raconter un petit périple que j'ai fait en stop la semaine dernière.

J'étais bloqué avec mon spectacle de théatre jusqu'au 30 juin mais ça me démangeait de partir. Je voulais en particulier rejoindre un rassemblement rainbow qui se tenait jusqu'au 8 juillet. Un rainbow, c'est un arc en ciel, mais c'est aussi un rassemblement hyppie, comme il s'en faisait dans les années 70. Ca existe encore mais c'est plus ou moins secret, il faut avoir l'info. Et on venait justement de me donner l'info pour celui de cette année qui se déroule près de Dignes, dans les Alpes du sud. J'avais déjà participé à un de ces rassemblements en Italie et j'avais adoré l'ambiance. C'est très bon esprit, « peace and love » évidemment, mais aussi, contrairement à ce qu'on pourrait croire, sans alcool et sans drogue, et toujours dans de très bons coins de nature. J'étais donc tout enthousiaste à l'idée d'en revoir un en France et en plus dans un coin que je ne connaissais pas.

 

Par une belle après-midi de juillet, me voici donc en route pour le rainbow. C'est le 1er juillet, la journée est splendide, l'été semble enfin être arrivé. C'est une journée idéale pour faire du stop, il ne fait pas trop chaud, il y a une petite brise venue de la mer, on sent l'odeur légère de l'air marin. Je sors de chez moi tout enthousiaste avec mon gros sac et mon petit carton « Montpellier ». Je pourrais prendre le bus pour aller à Montpellier, ça ne coute que 1 euro. Mais je suis tellement motivé que je veux commencer le stop tout de suite. Ça donne l'impression de commencer l'aventure dès maintenant. Car voyager en stop donne tout de suite un petit air d'aventure. On ne sait jamais ce qui va se passer, quelles rencontres on va faire, combien de temps on va attendre, jusqu'où nous emmènera la voiture. C'est seulement depuis cette année que je me suis remis à faire du stop, par manque de sous au début, et puis en fait, ça me plait bien. Chaque journée de stop est comme une aventure, dans une même journée on passe par de grands moments de désespoir quand on se retrouve à poireauter parfois des heures, puis par des périodes de grand enthousiasme quand au moment où on n'y croyait plus, quelqu'un s'arrête à l'improviste et vous fait soudain avancer de 200 km, avec une bonne voiture confortable et une conversation interessante de surcroit. Et puis ça donne une telle satisfaction quand on atteind finalement au but.

Se retrouver à faire du stop est une situation très particulière car rien n'est sûr, on s'en remet à la bonne volonté des autres, on ne maitrise rien, il y a toujours le risque de rester bloquer. Je trouve que c'est une petite expérience philosophique à chaque fois. Il faut de la patience et un certain état d'esprit, ne pas maudire chaque voiture qui vous passe devant sans s'arrêter. Au contraire, leur souhaiter une bonne journée mentalement, être patient et remercier enfin quand s'arrête une voiture. Bon, et puis il faut aussi de préférence du soleil et du temps devant soi. Et dans l'idéal une tente pour pouvoir camper en chemin si on n'arrive pas au but dans la journée.

 

Je pars donc sur la route par une belle après-midi de juillet. Il y a environ 300 km de route jusqu'au lieu du Rainbow, mais la fin du parcours consiste en de petites routes de montagne et je sais que je n'aurai pas le temps d'arriver ce soir. C'est pas grave, je camperai en chemin.

Je m'installe tranquillement à l'ombre d 'un platane. Quand il y a un grand soleil et qu'on trouve un coin à l'ombre avec de la place pour qu'une voiture puisse s'arrêter, c'est parfait. Je m'installe donc là tranquillement et me prépare à attendre un petit moment. Je présente mollement mon carton où j'ai écrit « Montpellier ». Je ne suis pas pressé, c'est le début du voyage. Je savoure l'ombre.

Mais une voiture s'arrête aussitôt dans un crissement de freins. Par la fenêtre, une fille toute joyeuse me dit de monter. Elle est trop contente de rencontrer un autostoppeur, elle aussi elle va faire du stop, sa copine l'avance un peu sur la route, elle va vers Nice, on peut faire la route ensemble. J'hésite un peu, car je m'étais déjà imaginer mon voyage tranquille en solitaire, mais bon pourquoi pas ? Je monte. La fille s'appelle Solsticia, c'est une bergère qui part faire la transhumance dans les montagnes au-dessus de Nice. Là elle est super contente parce qu'elle a croisé par hasard un copain dans les rues de Lodève et puis elle est trop contente de faire du stop, et tout et tout. En fait elle est complètement excitée... Elle ne s'arrête plus de parler, avec une voix forte, nasillarde. Au bout de 5 minutes j'en ai déjà marre. Oulah, il va falloir que je fasse toute la route avec cette fille... C'est pas vraiment le voyage peinard que j'avais imaginé.

En fait la copine ne nous dépose même pas à Montpellier, mais à Gignac à mi-chemin, sur un rond-point désert au milieu des champs, en plein cagnard, pas une trace d'ombre. C'est trop le mauvais plan. Je ressors mon panneau « Montpellier » mais Solsticia me dit qu'en fait, elle, quand elle fait du stop, elle préfère ne pas utiliser de panneau. Mais je fais comme je veux... Bon, je remets mon panneau dans mon sac. On attend quelques minutes. Personne ne s'arrête. Au fait, elle avait oublié de em dire, il faut qu'elle soit impérativement à Nice ce soir, donc si vraiment personne ne s'arrête elle continuera toute seule, car les voitures s'arrêtent plus facilement pour une fille toute seule... Mais alors elle est gonflée celle-là! C'est elle qui m'a emmené dans cet endroit paumé et après elle me dit ça. Ouh, elle me saoule... Au bout de 5 minutes, une 4L surchargée s'arrête. En tassant bien on pourrait peut-être rentrer à deux mais je profite de l'occasion. Je dis à Solsticia, « oh bah zut, il n'y a de la place que pour une personne, bon tant pis vas-y, je me sacrifie » Elle n'insiste pas du tout et s'en va toute contente. Bon débarras ! C'était un don du ciel cette 4L...

Après un quart d'heure, une autre voiture s'arrête et c'est parti. Après quelques minutes de conversation, il apparaît que la conductrice est une maitresse de l'école Calandreta de Gignac. Les écoles Calandreta, ce sont ces écoles bilingues français-occitan, qui appliquent la pédagogie Freinet. Elles sont géniales ces écoles, je le sais j'ai fait un stage de deux jours dans l'une d'elles. Elle me raconte que les enfants s'y sentent tellement bien que le soir ils ne veulent plus partir.

Elle me dépose à un rond-point 15 kilomètres avant Montpellier. Je fais des sauts de puce mais j'avance. Une autre voiture s'arrête, encore une femme, et c'est encore quelqu'un en lien avec la Calandreta. C'est une parent d'élève cette fois. Et son mari, c'est celui que j'ai vu dans le spectacle de théâtre-forum à Lodève mardi dernier. Le monde est petit.

Elle me dépose à Montpellier à une station de tramway. À montpellier il n'y a pas de rocade alors c'est un peu galère pour rejoindre l'autoroute. Le mieux c'est de traverser en tram jusqu'à l'entrée d'autoroute. J'arrive ainsi en tram devant l'immense rond-point juste à côté de l'échangeur de l'autoroute Lyon-Barcelone. C'est tout embouteillé. Il n'y a aucun endroit où les voitures peuvent s'arrêter (ça s'est important quand on fait du stop.) Et surtout, je découvre avec horreur que ça grouille de stoppeurs sur le rond-point, il y en a bien 5 ou 6, disséminés un peu partout, c'est limite ridicule. Ça c'est la grosse galère. Plutôt que de me galérer là, je fais le petit malin et je remonte une des routes qui mènent au rond point. À 100 mètres en amont du rond-point je trouve un bon endroit avec un parking sur le bas-côté. Je ressors mes panneaux de mon sac. Cette fois-ci, je marque direction « Nîmes ». Il y a justement une camionette garée là. Le chauffeur s'est arrété un instant pour bien refermer ses portières. A tout hasard je lui demande s'il va vers Nîmes. Bingo ! Il peut m'emmener jusqu'à la sortie de Lunel. Parfait. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il me fasse rentrer sur l'autoroute. C'est souvent le plus dur quand on fait du stop. Après on se fait laisser sur une aire d'autoroute et c'est bon, on peut continuer plus facilement.

C'est un artisan en plomberie. C'est souvent des artisans qui prennent en stop, tous ces métiers qui passent du temps sur les routes, qui vont de chantier en chantier. C'est le début des vacances, il y a plein de monde sur l'autoroute. Il commence à pester contre ceux qui ne vont pas assez vite. « regarde ce crétin qui ralentit parce qu'il a peur que le camion ne se déporte. Ils ne savent pas conduire les gens. Ah j'en étais sûr, c'est une femme... » On croise plusieurs voitures en panne sur le bas côté. «  Regarde moi ces abrutis en panne, pff, encore des vacanciers, il faut faire réviser sa voiture avant de partir en voyage... » Il m'explique que lui n'utilise jamais le clignotant mais c'est pas pareil, il regarde avant de se déporter..

Bref, le cliché du gros beauf au volant. Ça va bien 5 minutes ses réflexions, heureusement on arrive rapidement au niveau de l'échangeur de Lunel où il me dépose en me garantissant que là le stop ça va marcher. J'aurais préféré une aire d'autoroute mais bon...

Résultat je poireaute un moment car en fait c'est nul comme endroit pour faire du stop. Les voitures n'ont pas de place pour s'arrêter et la plupart vont vers Montpellier. Au bout d'une demi-heure, une voiture s'arrête. C'est un charpentier, bien sympa, lui aussi va vers un chantier. Dans sa voiture il y a la clim, c'est cool. Il reçoit un appel, on essaie de lui caser un rdv pour vendredi mais c'est pas possible, il a prévu un gros WE de plongée à Cadaquès. La classe.

Au niveau de Nîmes, je dois bifurquer direction Marseille tandis que l'autoroute principale continue vers Lyon. Dans ces cas de bifurcation d'autoroute, où évidemment on ne peut pas se faire dèposer à l'embranchement, le mieux est de se faire déposer à l'aire d'autoroute juste avant. Pas de chance, elle est justement fermée. Catastrophe! Du coup, on dépasse l'embranchement. Il finit par me laisser à une des entrées de Nimes.

Bon, ça devrait être jouable, à l'entrée du péage, un panneau indique la direction de Marseille, donc certains passent par là pour aller vers Marseille. En plus, il y a un beau Pin parasol qui fait une bonne ombre. C'est une énorme barre de péage, il y a du monde. Je m'installe juste après le péage, là où il y a un petit parking pour ceux qui veulent remettre leurs affaires en place avant de s'engager sur l'autoroute. Ça marche bien d'habitude. Je brandis mon panneau « Marseille ». Au bout d'un moment je vois d'autres stoppeurs qui s'installent, mais eux directement au niveau du guichet. Ils sont aguerris, il font une petite corégraphie. Je regarde leurs panneaux : ils vont vers Montpellier. Ça va, ce ne sont pas des concurrents. Ils finissent par se faire prendre. Tant mieux pour eux. Arrive un autre qui lui aussi se fait prendre. Et moi j'attends toujours.

J'observe la vie passionante d'une barrière de péage : de temps en temps, une employée remplace des rouleaux dans le guichet automatique ; une voiture se retrouve bloquée car son pass Télé-péage ne marche plus. Un autre s'est garée trop en avant, il doit faire marche arrière pour atteindre le guichet, mais entre temps une voiture est arrivée derrière et doit reculer aussi, mais il y a encore une autre voiture qui arrive. Réaction en chaîne. Ça me fait penser à une scène des Bidochons...

Bon, ça fait une heure que je suis là, ça devient lassant. Le bruit des voitures finit par être saoulant. Je fais une petite pause, petite sieste un peu à l'écart. Puis je réessaie. Encore une heure. Bon, apparement personne ne va vers Marseille en fait. Je risque d'attendre très longtemps. C'est le genre de situation où il faut changer de stratégie. Le mieux à faire est d'essayer de rejoindre la prochaine entrée d'autoroute, celle qui est directement sur l'autoroute Nimes-Arles. C'est pas si loin. Je reprends mon sac et traverse à pied la périphérie de Nîmes. Heureusement je finis par tomber sur un genre de tramway qui mène directement à l'autre entrée d'autoroute.

C'est un petit échangeur juste à deux guichet, tranquille. Au bout de 5 minutes quelqu'un s'arrête. Il va vers Aix. Parfait.

Une belle voiture climatisée. Il bosse pour un fabriquant de photocopieurs. C'est le numéro 2 de la boite. Il a des horaires 7-19h et travaille sur Nîmes en habitant à Aix. Quelle vie... Mais il a une belle voiture, une DS4. Il m'explique l'intéret d'avoir une voiture haut de gamme mais française. Avec une BMW, c'est beaucoup plus dur de négocier et de dire que c'est impossible de faire un rabais supplémentaire, parce qu'en voyant votre voiture les clients pensent que vous vous faites un maxi bénefice. Sa DS4 de citroen coute le même prix qu'une BMW mais comme c'est citroen, les gens pensent que c'est moins cher. Stratégie...

On traverse la plaine de Camargue, passe à côté de la vieille ville d'Arles puis voici les montagnettes de Provence. Tout de suite, changement d'ambiance, c'est super joli avec la lumière rasante de fin d'après midi. Là, j'ai enfin l'impression d'avancer, de changer de coin. On sent bien la différence entre le Languedoc et la Provence.

Je lui demande de me déposer à l'aire d'autoroute juste avant Aix, mais - malédiction! - celle-ci aussi est fermée ! Décidemment j'ai pas de chance aujourd'hui. Il me dépose donc à une des sorties d'Aix.

Je marche un peu pour me remettre sur l'entrée d'autroute qui se trouve 500 mètres plus loin. Je voudrais atteindre Draguignan avant la nuit. Puis je bifurquerai vers les montagnes.

Une voiture s'arrête, un Espace. Le gars habite à 30 km d'Aix dans la campagne, il est ravi de s'être installé là-bas avec sa femme, il dit que c'est trop beau. Effectivement, le paysage est maginifique. C'est la première fois que je vais dans ce coin. D'habitude il rentre chez lui par la nationale car ça coute moins cher, mais comme il m'a vu, il s'est dit pour me dépanner , il allait prendre l'autoroute. Et bé, trop sympa le gars!

Il me dépose sur une petite aire de service qui cette fois est ouverte. Juste une voiture. Je vais direct lui demander s'il peut m'avancer sur la route. C'est bon. Chouette. On traverse des paysages splendides, des petites plaines couvertes de vignes entourées de grandes collines boisées. C'est très peu construit. C'est un endroit assez tranquille de la Provence, l'arrière pays du Var. Il me dépose à une grosse aire. Il doit être 20 heures. Comme l'endroit est super beau, je décide de quitter l'autoroute à cet endroit. Il y a justement une petite route de campagne qui croise l'autoroute. Par contre c'est la grosse galère pour quitter l'aire. Tout entourée de grillages, j'ai l'impressiond'être parqué. Je finis par escalader le grillage pour m'échapper, c'est un epu comme si je m'évadais d'un camp...

Je me retrouve sur une petite route de campagne déserte qui grimpe la colline. Je marche. Athmosphère paisible, belle vue sur tous les alentours, c'est le coucher du soleil. Je marche encore pour passer de l'autre côté de la colline et ne plus entendre le bruit de l'autoroute et je peux poser ma tente dans la pinède. Ouf ! Ce n'était qu'une demi-journée, mais ça avait déjà un parfum d'aventure..

28/03/2013

nouvelles de la Borie 7 - l'hiver à la Borie

L'hiver à la Borie

 

Et bien voilà, la Borie c'est fini (pour l'instant). J'y ai passé une année entière au final. C'était vraiment une belle expérience, j'ai pu vivre le cycle des saisons en entier.nEt j'ai envie de vous raconter les derniers mois que j'ai beaucoup aimé.

Du coup, j'ai fini avec la saison a priori la plus dure, l'hiver. Mais j'ai bien aimé en fait. C'est trop bien l'hiver. C'est vrai qu'il y a le froid, la neige, le soleil qui se couche super tot. Quand on fait la traite, il ne faut pas tarder le soir sinon on finit dans le noir. Mais pour aider à passer ce mauvais moment, il y a la fête.

Pendant tout le mois de décembre, on a préparé les fêtes de fin d'année. Du coup ça met dans l'ambiance, on sent qu'on s'en approche petit à petit. A l'Arche, on a notament remis au goût du jour la célébration de l'Avent. On le fete d'une manière très belle, sur le thème des éléments : Les minéraux, les étoiles, les végétaux et pour finir les animaux, humains compris. Et au fur et à mesure on construit la crèche : le premier samedi on se retrouve le soir, chacun amène un élément minéral : le dépose dans la crèche et si on veut on peut dire une pensée en rapport ou un texte ou une chanson. Et ainsi de suite, chaque samedi. La crèche se constitue ainsi peu à peu, on sent la période de fete qui se rapproche, en meme temps on prépare le spectacle de Noël, l'excitation monte peu à peu.

Les jours qui précèdent Noël, on va chercher des éléments de la nature pour décorer, du gui, des branches de sapin, de buis, du houx, des branches avec des fruits rouges ou de belles feuilles de hetre, de la mousse, du lierre. En fait, on trouve toutes les décorations qu'on veut dans la nature. Avec ça on fait plein de bouquets, c'est très beau.

Et puis il faut chercher le sapin. On a été le chercher par une belle journée ensoleillée. C'est le pretexte à une belle balade, on erre sur le domaine immense de la Borie, on en croise des petits mais ils ne sont jamais assez beaux alors on continue la quete et au final on trouve l'élu, dans un bosquet de l'autre coté de la rivière. Au moment de le couper, il y en a qui crient, non, le pauvre! Alors on fait un petit rituel pour remercier l'arbre pour son sacrifice. De toute façon c'est un service qu'on lui rend, ici à l'ombre des autres arbres il n'avait aucune chance alors que nous on lui réserve le rôle central de toutes nos fetes. Et voilà on le ramène et on le dresse dans la salle comune à coté de la crèche qui est maintenant complète. Le dernier dimanche, avec de l'argile chacun fait un personnage, les petits comme les grands, tout le monde participe.

Et le soir de Noël, c'est une belle fête avec les deux communautés réunies, on mange les brioches qu'a faites le boulanger, le chocolat chaud avec le lait de nos vaches et on danse tous ensemble. Puis il y a le jour de l'An, où on fait une belle fête costumée et des jeux, toujours toutes générations confondues. Et ce n'est pas fini, il y a encore l'Epiphanie avec la galette des rois faite maison, et encore un petit spectacle et un rituel.

 

 

Et voilà janvier. D'un coup la Borie se vide. On n'accueille pas de stagiaires pendant un mois, pause de l'hotellerie. C'est calme mais ça fait du bien. C'est une période où on resserre le contact avec ceux qui restent plus longtemps, période plus intérieure aussi. C'était sympa, pour la première fois il y a des stagiaires qui sont restés plusieurs mois, ça donne plus de temps pour se connaître, il y avait notamment un couple d'Italiens bien sympas, Regina et Lorenzo. C'était chouette j'ai pu pratiquer mon italien. Et on a beaucoup chanté.

Il fait froid dehors mais dans ma chambre il ne fait pas (trop) froid. Il suffit de chauffer le poele en permanence, c'est un rythme à prendre. Je coupe mon petit stock de bois chaque soir. Du coup tout le monde se retrouve au bucher, c'est du boulot mais aussi un moment de convivialité.

 

Et puis en janvier, j'ai eu la responsabilité des vaches pendant 2 semaines car Cedric etait en vacances. Et j'ai géré un vélage (l'accouchement de la vache) ! Et malgré la catastrophe de la dernière fois, j'ai retenté de laisser le veau sous la mère. Et cette fois-ci ça a marché, pas de morts, j'ai fait bien attention à traire la mère. J'étais trop content. C'était adorable ce petit veau avec sa mère. Le spectacle du veau qui tète sa mère c'est vraiment la récompense de tout le travail. Je laissais la mère à l'étable avec son petit, c'était un beau spectacle, dans la paille, ça rappelle la crèche. La vache à un petit bruit spécial veau, un peu comme un ronronnement, pour garder le contact avec son veau, pour l'appeler quand il s'éloigne un peu.

Après je me suis occupé moi-meme de les séparer. Car au bout d'un moment, si on veut du lait, il faut quand meme séparer le veau de la mère (quoique, vu que la mère fait plus de lait que le veau n'en boit, on pourrait aussi imaginer de les laisser ensemble et de récupérer juste le lait qu'il reste, mais bon je ne vais pas non plus tout révolutionner l'élevage à la Borie, je suis déjà bien content de pouvoir laisser le veau avec sa mère) Pendant que la mère était à son ratelier en train de manger le foin, on a kidnappé le petit et on l'a chargé dans la brouette. Il n'a pas protesté rien, il regardait tout autour de lui, émerveillé de découvrir un nouvel endroit, puis on l'a mis dans son box. Tout curieux de la nouveauté, il n'a pas hurlé pas à la mort comme j'aurais pensé. De même la mère, quand on l'a libéré du ratelier. Au début elle a cherché un peu son veau, mais quand elle a vu les autres vaches qui partaient au pré, elle ne s'est pas posée plus de question et elle les a suivies. Au final, celui qui a souffert le plus dans tout ça, ça doit etre moi. Car ça me fendait le coeur de séparer la mère et son veau. Sans le vouloir on donne des sentiments humains aux animaux, alors ça fait du tragique.

Après j'ai du habituer le veau à boire au seau, et ça c'est pas facile. C'est un peu la lutte. L'air de rien c'est super fort un veau. Et puis il a le reflexe quand il tète sa mère de donner de grands coups de tete dans la mammelle pour faire sortir plus de lait. Même si on lui donne le lait au seau il garde le meme reflexe. Une fois, alors que je me penchais vers lui, il m'a ainsi donné un bon coup de boule, et une autre fois, c'était un bon coup dans l'entrejambe, aouch ! Après j'ai fait gaffe...

 

En dehors de ça, l'hiver, les travaux principaux c'est la réparation des clotures et la coupe de bois pour faire le stock pour les prochaines années. Il y a quelques années encore ça se faisait à la main, mais il n'y a plus assez de monde alors on le fait avec la tronçonneuse, on s'adapte. Ça va plus vite mais ça fait du bruit. Il y a quand même de belles journées ensoleillées en hiver, et c'est un plaisir de travailler dehors.

Mais il y a eu aussi pas mal de neige. Et là, c'était vraiment trop beau, on se serait cru à la montagne. Le seul problème, c'est que quand il y a de la neige on est bloqué le temps que passe le chasse-neige et du coup on ne peut plus faire la livraison de pain, qui est la source de revenu de la communauté.

C'est pas trop grave non plus, mais un jour où il a bien neigé et où le paysage était vraiment trop magnifique, on s'est fait une expédition dans la neige pour aller livrer le pain à pied jusqu'au village voisin (6 kilomètres) On avançait dans un paysage complètement vierge, immaculé, ça faisait vraiment ambiance expédition grand nord, et quand on est arrivé au village, les gens nous attendaient à la mairie, tout contents, on aurait dit qu'on apportait l'approvisonnement de secours au village affamé. Très belle expérience. Comme quoi, il ne suffit de pas grand chose pour se recréer des sensations d'aventure.

 

Et pendant l'hiver, il y a encore des fêtes à la Borie. Il y a le jour de Gandhi, jour de jeune et silence tous ensemble dans la salle commune, à faire des petits travaux manuels, lecture, méditation, chant. Et cette annèe j'ai vécu une Chandeleur qui avait du sens. La Chandeleur ça célèbre les premiers signes que la nature se réveille : perce neige, premiers pissenlits, les chatons sur les noisetiers, le soleil est en train de prendre l'ascendant sur l'ombre, les jours rallongent maintenant on le sent bien quand on finit la traite, il fait jour. C'est pour ça qu'on fait des crèpes, ça symbolise le soleil. Et puis on allume des chandelles aux fenetres, pour faire comme s'il y avait encore plus de soleil.

Et puis pas longtemps après, c'était le Mardi-Gras. Ce jour-là, on brule le Vieil Homme. C'est une vieille tradition. Le vieil homme symbolise l'année passée, pour bien repartir il faut se débarasser de l'année passée. Du coup, on a fabriqué le mannequin du Vieil Homme, on a fait un énorme bucher et on a fait des masques symbolisant quelque chose de nous dont on veut se débarasser pour la nouvelle année, un défaut. Le soir, on a dansé en ronde autour du feu. Mais alors c'est moi et Lorenzo qui avons préparé le bucher. On l'a fait énorme, moi je me rappelais de mon feu de la Saint Antoine que j'avais vu à Naples et là je crois que ça le valait bien. On a rassemblé plein de vieux bois bien sec qui trainait à la Borie, et on a mis des branches de buis bien sèches aussi et alors ça a fait une flamme ENORME, tourbillonante avec le vent, bien 10 mètres de haut, une véritable vision d'apocalypse dans la cour de la Borie. Les gens s'enfuyaient en courant pour se mettre à l'abri, seuls quelques courageux continuaient la ronde. Et puis ça s'est calmé, tout le monde est revenu, on a jeté nos masques au feu. Il faisait bien chaud, une victoire symbolique sur le froid. Et on a chanté et ensuite on a mangé des beignets. Trop bien...

Et voilà, et c'était parfait pour conclure mon séjour à la Borie, je repars moi aussi sur un nouveau cycle, qui sait où ça me mènera...

15/11/2012

nouvelles de la Borie 6

L'automne à La Borie

 

Il pleut, il vente, j'ai rallumé le poêle dans ma chambre : pas de doute, l'automne est là.

Le ciel est souvent gris mais les arbres ont mis leur parure automnale et illuminent le paysage. Le spectacle est vraiment magnifique. Il y a une belle diversité d'espèces ici, et chaque arbre vit l'automne à sa manière. Les alisiers sont d'un beau jaune lumineux, tendant vers le rose, les cornouillers prennent une étonnante teinte violacée; les chênes deviennent peu à peu jaune-orangé , les hêtres se couvrent de milliers de pièces d'or... Mais les véritables rois de l'automne, ce sont les érables, évidemment. Il y en a plusieurs espèces, qui se colorent chacun à leur tour, mais le plus beau de tous, c'est l'érable de Montpellier, typique de la région. Au meilleur de l'automne, il prend des couleurs d'un incroyable jaune-rouge flamboyant, c'est splendide! Et pour faire ressortir encore mieux toutes ces couleurs, la touche de vert des buis et les bouquets de pins.

Le spectacle est partout : par la fenêtre de ma chambre, en travaillant dehors, au débroussaillage ou en allant chercher les vaches. Même les buissons sont de la partie : les fusains avec leurs drôles de petits fruits roses, en forme de bonnets de curé, les églantiers et leur fruits d'un rouge éclatant qui se dressent au bout des tiges, ceux des aubépines, d'un rouge plus sombre. Et les pruneliers surchargés de petits fruits bleus. C'est une profusion de fruits et de couleurs. Sans oublier les champignons aux jolies couleurs, en particulier une espèce qui pousse sur les branches mortes, qui fait un genre de dentelle d'un très joli dégradé du noir vers l'orange.

C'est l'automne, et c'est chouette!

On entend de nouveau le bruit de la rivière au fond de la vallée. Elle était à sec depuis fin aout, et hop, après un week-end de fortes pluies, elle s'est remplie d'un coup. Ça fait plaisir de la retrouver. Les prés ont reverdi. On fait les provisions pour l'hiver : les potirons sont entassés dans une pièce au sec, on a fait les conserves de tomates et de haricots verts, et de choucroute aussi. Les carottes ont été stockées dans les silos sous le sable. Les derniers légumes sont récoltés et le potager est nettoyé. Les repas ont pris des saveurs automnales. Au menu maintenant, c'est chou, potiron et pommes de terre. Et les pommes aussi, qu'on a été récolter dans un verger voisin. Et les châtaignes bien sûr. Je découvre qu'on peut faire des confitures super bonnes avec les prunelles. Ça tombe bien, il y en a à profusion tout autour. La nature est très généreuse en automne.

Il est aussi temps de faire les ramonages de cheminée avant les grands froids. C'est moi le spécialiste maintenant, je vais de bâtiment en bâtiment avec mes outils en fredonnant la chanson de Mary Poppins. En fait c'est tout simple à faire, mais ça fait partie de ces gestes simples qui tant qu'on les a jamais faits demeurent mystérieux. Comme traire une vache. Ou chauler un mur. Je sais faire tout ça maintenant Et j'ai même réparé mon toit tout seul comme un grand, lassé d'avoir des fuites dans ma chambre. Et il faut recommencer à couper du bois pour chauffer la chambre. Décidément, l'automne est bien là.

 

À La Borie, chaque passage de saison est marqué par une grande fete: Noël pour l'hiver, Pâques pour le printemps, la Saint Jean pour l'été, et la Saint-Michel pour l'automne. La Saint Michel, c'est plus ou moins la fête des récoltes. On se retrouve tous ensemble dans la salle commune avec la communauté voisine de la Flayssière. Au centre de la pièce, une magnifique composition avec les éléments de la nature et les fruits des récoltes. On remercie la nature pour tout ce qu'elle nous a donné, chacun peut ajouter un élément à la composition, lire un texte. Tout le monde est habillé en blanc pour l'occasion. Ce truc de s'habiller tous en blanc, ça me faisait un peu tiquer au début, ça fait un peu uniforme, limite secte. Et puis en fait, c'est pas si mal. C'est très joli de voir tout le monde en blanc, et puis ça n'enlève pas l'originalité puisque chacun est habillé en blanc, mais d'une manière différente, avec quelques touches de couleur, surtout les filles qui font preuve de créativité. Et ça donne un sentiment d'union pour la fête.

Il y a également beaucoup de chants. Et beaucoup de nourriture aussi, le boulanger a fait une montagne de brioches pour l'occasion. On fait quelques jeux. Et on danse. Beaucoup. En fait, on danse souvent à La Borie. Pour les fetes mais aussi tous les samedis soir. Des danses folkoriques, de France, des Balkans, d'Israel, d'Amerique du Sud. C'est Jeau-Luc qui mène la danse. Il connait un nombre incroyable de danses. Il y en a certaines, je commence à bien les connaître à force. Je maitrise maintenant la Scottich et la Mazurka. J'adore cette façon de faire la fete à La Borie, ça mélange les générations, c'est très bon enfant, tout le monde participe, les plus jeunes comme les anciens, c'est accessible pour tout le monde.

Bien qu'on soit complètement isolés en pleine foret, on ne manque pas d'occupation le soir, il y a meme trop : ateliers de yoga, de chant, théatre. Chacun qui a une compétence propose des ateliers. Et tout ça gratuitement! C'est vraiment un autre monde.

22/10/2012

Nouvelles de la Borie 5 - Colchique dans les prés

Un matin, les vaches arrivent à l'étable, tranquillement. Elles s'installent plus ou moins sagement à leur ratelier et on s'aperçoit alors qu'il en manque une. Où est Argan?Avec Cédric on retourne dans le pré derrière l'étable pour la chercher. Elle est tout au bout dans un coin. Et elle vient de mettre bas un petit veau! Le petit veau est encore sonné, il tente de se mettre maladroitement sur ses pattes. C'est mignon! Et pendant ce temps la mère est en train de manger son placenta. Ça, c'est un peu moins mignon... Puis le veau cherche le pis de sa mère et commence à teter. La mère le lèche tendrement, c'est adorable...

D'ordinaire, quand un veau nait à La Borie, pour des raisons pratiques on le sépare direct de la mère ; on le met dans un box isolé et on le nourrit au biberon pendant plusieurs semaines, ce qui provoque à chaque fois l'indignation des stagiaires : « pauvre petit veau tout seul, séparé de sa mère !... » Mais cette fois là, peut-etre attendri par le tableau, ou lassé de passer pour un bourreau de veau auprès des stagiaires, Cédric décide de laisser le veau avec sa mère dans le pré. “on va essayer, voir ce que ça donne. » Je suis trop content car en fait moi aussi je le tannais avec ça. On regarde un petit moment le spectacle, attendris, puis on retourne à la traite. En revenant, « oh ! C'est quoi cette grosse fleur rose qui sort de l'herbe ? » « Un colchique, le premier de la saison. » « Et bien on n'a qu'a appeler le petit veau Colchique.. »

Les jours qui suivent, je vais souvent dans les prés, rien que pour le plaisir de contempler le veau et sa mère. C'est vraiment trop bucolique, le petit veau et sa mère, entourés par le troupeau qui pature paisiblement dans les près tout verts de cette fin d'été, sous le ciel bleu parcouru de jolis nuages blancs qui filent doucement, emportés par la brise. Et les colchiques, tous les jours plus nombreux dans les prés..

Les premiers jours, la mère reste dans le pré avec son petit pendant que les autres vaches viennent à l'étable pour se faire traire. Et puis le troisième jour, voilà la mère qui débarque, toute seule. Elle veut se faire traire aussi. C'est vrai qu'elle a les mammelles super-gonflées, le veau n'a pas l'air de réussir à boire tout le lait. On essaie de la traire, mais c'est tout dur, il n'y a presque pas de lait qui vient. En ramenant les vaches au pré, pas de traces du veau. Où est-il passé ? Un moment, on se demande si quelqu'un qui passait le long de la route ne l'aurait pas piqué, scénario un peu improbable... Mais la mère pature, sans avoir l'air de se préoccuper. On le cherche partout, le long des haies, rien. C'est incroyable. Puis je vois Blanche, une des vaches du troupeau, qui fixe un point de l'autre coté de la cloture. Je vais voir : il est là, planqué, couché en boule dans les grandes herbes. Et j'ai beau le toucher, le pousser pour le faire retourner vers sa mère, il ne veut pas bouger et s'aplatit encore plus. En fait, c'est exactement le meme comportement que les petits de chevreuils, qui se planquent et restent immobiles quand la mère s'absente. Sauf que là, la mère est juste à coté et elle a l'air de l'avoir complètement oublié. Il faut dire que son précédent veau, on l'avait séparé à la naissance alors elle ne doit pas avoir des instincts maternels si développés. Je tire le veau tant bien que mal pour le placer à la vue de sa mère. Meme pendant que je le déplace, le veau reste immobile comme une statue, c'est marrant. Il finit par apercevoir sa mère, se lève d'un coup et court vers elle. Ouf !

Il nous refait le coup plusieurs fois, une fois on passe près d'une heure à le chercher, c'est vraiment le roi du cache-cache. Puis il est finalement assez costaud pour suivre sa mère à l'étable. C'est sympa, il nous tient compagnie pendant la traite, il attend bien sagement dans son coin. Mais la mère ne va vraiment pas bien. Ses mammelles sont gonflées à bloc, mais dures comme de la brique et il n'y a plus une goutte de lait qui sort. Elle est en train de faire une mammite. C'est une infection des mammelles, le cauchemar des éleveurs. Et au bout de deux jours, Cédric m'annonce que c'est fini, Argan est morte. Alors ça ! Elle est allongé dans le pré, avec le petit qui attend tranquillement à coté, à l'ombre d'un arbre. On la recouvre d'une bache, l'équarisseur passera la rècupérer. Tout a été si vite, ça a été fulgurant.

En fait, elle attrappé cette mammite parce qu'on aurait du la traire, meme si le veau la tétait. En la laissant avec son veau, on croyait laisser faire la nature, et bé en fait on a provoqué sa mort... Car ces vaches Montbeliardes ont été sélectionnées pour faire le maximum de lait, plus de 20 litres par jour, quantité qu'un veau est bien incapable de boire. Elles ne sont plus adaptées pour vivre toutes seules dans la nature. Elles doivent etre obligatoirement traites. Leur vie est donc maintenant indissociable de l'homme. Voilà, c'est la réalité de l'élevage. Un autre truc à savoir, c'est que pour avoir une production de lait continue, il faut qu'une vache ait en moyenne un veau par an. La Borie avec un troupeau de 6 vaches laitières produit donc 6 veaux par an. On en garde un ou deux pour remplacer les vieilles vaches, mais les autres qu'est ce qu'on en fait ? Autrefois à la campagne, ça faisait de la viande, mais à La Borie ils sont végétariens. Du coup, ils les vendent. À l'abbattoir...

 

Deux semaines après la mort de sa mère, le petit veau Colchique est de retour dans les prés avec les autres vaches. C'est une femelle donc on va peut-etre la garder. D'ailleurs comme c'est une femelle, il faut dire velle et non pas veau, mais ça fait un peu bizarre comme mot.

Colchique est dans les prés, et à la Borie, avant le repas du midi, on chante justement « Colchiques dans les prés ». Il y a toujours un chant avant le repas. Souvent c'est Alleluiah, Alleluiah, mais d'autres fois, c'est plus sympa, ce sont des chants folkloriques, de saison, et donc comme arrive l'automne, c'est le moment de chanter Colchiques dans les prés, chanson que je connais depuis que je suis tout petit mais qu'il me semble tout d'un coup comprendre pour la première fois. Et oui, quand les colchiques fleurissent dans les prés, c'est la fin de l'été...