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31/08/2013

Au pays de l'Arc en ciel

 

 

Après deux jours de stop sur la route du rainbow, je touche au but. J'ai commencé l'ascension de la montagne où est sensé se dérouler le rassemblement. Meme s'il n'y a toujours aucun signe d'un rassemblement dans les alentours je sens que j'y suis presque, je peux tomber sur le campement à tout moment, au détour d'un virage.  J'arrive sur un replat, une jolie prairie entourée de petites collines. Toujours rien. D'un coté, je suis impatient d'arriver, pour voir enfin ce qui m'attend, de l'autre je ne suis pas pressé de finir le périple et puis j'ai un peu d'appréhension quand meme sur ce que je vais trouver, débarquer comme ça tout seul au milieu de plein de gens inconnus, c'est pas si facile, surtout que je ne suis pas spécialement hippie moi.

Je fais une pause. Je m'allonge dans l'herbe au milieu de la prairie et reste là à regarder les nuages passer. Mais j'entends des voix qui passent derrière moi. Je me retourne et vois un groupe de jeunes chargés de plein d'affaires qui disparaissent de l'autre coté d'une des petites collines qui entourent la prairie. Tiens? Ça serait bien là le rainbow. Je me lève et je vais jeter un coup d'oeil. Arrivé au sommet je m'attends à découvrir tout un campement mais il n'y a rien qu'une grande prairie, vide. Et un petit panneau, peint aux couleurs de l'arc-en-ciel! Une flèche indique la direction d'où je viens.  Je serais donc passé devant le rainbow sans le voir... Je rebrousse chemin.

Je croise d'autres personnes avec de gros sac à dos. Ils me disent « Welcome », l'un deux me prend dans ses bras. Je suis sur la bonne piste... J'arrive à une petite bifurcation. À gauche le chemin par où je suis arrivé, et tout droit, un petit sentier. Je ne m'en étais pas aperçu mais il y a une flèche dessinée sur le sol avec des cailloux. C'est le chemin. De place en place, des petits bouts de bois sont suspendus aux branches avec des rubans.

Trouver un rainbow n'est pas si facile. Il y a bien un lieu de RDV qui est diffusé sur internet ou que l'on s'envoie par chaine de mails mais une fois sur place, il n'y aucune indication pour arriver au lieu exact. C'est généralement un lieu à une demi-heure de marche de la route, en pleine nature, auquel on accède en suivant les petits indices égrainés le long du chemin. Il faut avoir l’œil. 

Toujours suivant ces petits indices, je pénètre dans une petite pinède ; je croise un jeune barbu en train de couper un arbre à la scie. « Welcome! » Il me dit que je ne suis plus très loin du campement. Un sentier formé par de nombreuses traces de pas serpente  dans la pinède. Un attrape-reves est accroché entre les troncs. Je passe devant une tente, puis une autre, et encore d'autres, disséminées sous les pins. Les gens se réveillent et me saluent gentiment : « bonjour » « welcome ! Le sentier se faufile entre les buis puis finit par sortir de la foret. Et c'est tout d'un coup l'impression d'avoir été transporté dans un autre monde :

Je me retrouve dans une grande clairière avec plein de monde partout, un peu comme face à un campement indien : quelques grandes tentes, genre tipis, les gens sont pieds nus, beaucoup torse nu, des vêtements en tissu snaturels, la plupart ont les cheveux longs ou des dreadlocks. Certains font de la musique, d'autres jonglent ou sont juste assis par terre à discuter, paisibles, souriants; d'autres méditent, ou se font des massages. Les enfants passent en courant autour d'eux. La clairière est traversée par un tout petit ruisseau, enjambé par une passerelle en bois. Il y a un petit moulin qui tourne dans le courant . Il ne sert à rien mais c'est joli. À terre, un joli mandala en étoile fait avec des cailloux et des pommes de pin. Des panneaux colorés disposés ça et là donnent des indications pour les nouveaux venus, les quelques règles de fonctionnement, les différents lieux du campement, quelques mantras pour la Mère Terre, des messages d'amour. Un petit groupe est en train de cuisiner sous une grande bache blanche. Sur une petite butte au milieu de la clairière, un grand foyer. C'est le feu sacré, il reste allumé en permanence.

Je pose mon sac et contemple tout ça, fasciné. Ça semble à peine réel.. Dans un coin, des gens en cercle sont en train de finir une activité. Certains ont tendu des cordes entre des arbres et s'exercent à marcher en équilibre, d'autres méditent face au soleil ou font du yoga. On se croirait exactement dans le film « La Belle Verte ».

 

Un gars se lève et vient à ma rencontre. Je le reconnais, c'est Nicolas ! On s'est croisé il y a deux semaines à la communauté de Saint-Antoine. On est tout surpris de se retrouver là. Mais tout un coup, un grand cri dans le campement : «  HELP IN THE SHIT PIT! » « ah excuse moi, j'ai promis que je donnais un coup de main ». Et il disparaît dans la foret.

J'explore un peu le campement. Il y a le coin cuisine, le coin douche, le Shit Pit (les toilettes) un peu plus loin, le temple de la musique, dans un coin des filets ont été accrochés dans les arbres pour les jeux des enfants, quelques tipis et une tente où l'on boit le thé ou du tchai. De l'autre coté de la clairière, il y a un versant en terrasse avec quelques arbres et un magnifique tapis de fleurs de toute les couleurs. C'est incroyablement charmant. Quelques tentes se sont installées là, à l'ombre des arbres, au milieu des fleurs. Il y a plein de petits sentiers. Je trouve un joli coin vers le haut du versant. J'installe ma tente en essayant de piétiner le moins possible les fleurs. Puis, je m'assois devant ma tente et savoure la beauté du lieu et la joie d'être arrivé. Un fille dans une jolie robe à fleur passe devant moi et me salue avec un joli sourire... Le bonheur!

 

 « FOOD CIRCLE, NOW ! » Un nouvel appel retentit dans tout le campement : c'est l'heure du repas. Tout le monde se retrouve autour du feu. On fait un grand cercle en se tenant par la main . Qui veut commence à entonner une chanson. Ce sont les chansons rainbow, sur la joie d'être tous ensemble «  Every little cell in my body is happy » « We are one, in harmony...» Je retrouve les memes chansons que j'avais appris il y a 3 ans lors d'un précédent rainbow en Italie, je suis trop content. Quelqu'un lance une chaine de bisous.  Tu fais un bisou à ton voisin et il doit ensuite le faire au suivant. Sur la main, sur la joue, sur le front... Un autre lance une chaîne de calins, c'est trop drôle. L'ambiance est bon enfant. Et puis c'est le moment du « Om ». Tout le monde se met à faire la syllabe sacrée. C'est impressionnant, ça vibre. Pour finir, on remercie le ciel et la Pachamama et chacun s'installe pour manger avec son écuelle. On demande des bénévoles pour servir. Quelques personnes se lèvent et vont donner un coup de main. Les cuisiniers apportent les grosses casseroles et commencent le tour du cercle. Il y a beaucoup de monde, plus de 150 personnes. Ça prend du temps, mais ça tombe bien, on a le temps. Je retrouve Nicolas, on s'étonne de se retrouver là. Il est comme moi, pas spécialement hippie à la base, un ami lui a donné l'info, il est venu par curiosité et il s'habitue peu à peu. Au début, il était un peu mal à l'aise, surtout au niveau de l'apparence, la plupart ont la barbe, les cheveux longs, les vêtements baba cool. Pas une seule marque sur les vêtements. Moi aussi ça m'avait frappé la première fois. Mais en fait tout le monde est accepté comme il est, l'important est de respecter les valeurs du rainbow.

A la fin du repas, c'est le moment du « focus! » : qui veut faire passer une info se lève en criant Focus! et s'adresse au cercle. Une femme rappelle qu'il ne faut pas mettre de savon dans le ruisseau, même végétal, car l'eau est pure, on doit la laisser propre pour le village en dessous. Quelqu'un à côté d'elle traduit en anglais car il y beaucoup d'étrangers. D'autres se lèvent pour proposer des ateliers pour l'après midi : contes, chant diphonique, écoute de son « enfant intérieur », connection avec les plantes. Tout est absolument bénévole, volontaire, qui a envie de partager quelque chose le fait avec plaisir.

Mais avant la fin du repas, c'est le moment du chapeau magique : un petit groupe avec des instruments fait le tour du cercle en chantant et fait passer un chapeau. Dans le chapeau, chacun met un bisou. À la fin, - c'est magique! -, le chapeau est rempli d'argent! Ça servira à financer l'achat de nourriture pour les prochains repas...

 

ça paraît assez incroyable tout ça, non? Tout est autogéré et ça marche, le tout dans un esprit peace and love. On se croirait retourné dans les années 70. Ainsi donc, les hippies sont toujours là...

En fait, contrairement à ce qu'on croit le mouvement n'a jamais vraiment disparu. Il s'est fait plus discret pour retourner à ses vraies valeurs. Ces rassemblements ont commencé dans les années 70, grace au contact entre de jeunes américains qui voulaient sortir du systeme et des tribus indiennes qui leur ont transmis leurs valeurs d'amour et d'harmonie avec la Terre. La face connue c'est le mouvement hippie qui a un peu dégénéré vers l'amour libre et la consommation de drogues de toutes sortes. Mais ces rassemblements on continué de manière plus ou moins discrete en essayant de conserver les valeurs de base : respect de la nature, autogestion, pas d'alcool et pas de drogue. C'est assez incroyable mais en effet il n'y a pas d'alcool qui circule. Le soir, quand tout le monde est réuni autour du feu, c'est une bouteille d'eau qui circule..

Le rassemblement rainbow est complètement autogéré, pas de chef, tout le monde aide bénévolement. Pour l'organisation plus générale, c'est un conseil avec les habitués qui se retrouve de temps en temps en cercle avec le baton de parole et les décisions sont prises au consensus

 

Ils gèrent le matériel collectif, organisent les quelques responsabilités, comme les tours de cuisine, l'achat de nourriture. Au cours de l'année, une équipe de bénévoles se charge de trouver l'emplacement du futur rainbow. Ça change chaque année mais c'est  toujours un joli coin de nature. Ils s'occupent d'avoir l'accord du propriétaire et de la commune. Et quand le rassemblement est fini, une équipe reste nettoyer pour laisser tout propre, au maximum comme on l'a trouvé.

 

Et je suis donc resté quelques jours dans ce petit paradis

Le matin je me lève, il fait un beau soleil. Je sors la tête de la tente, je vois les papillons qui volent au milieu des fleurs.

Dans la clairière, il y a déjà du monde, des enfants, des gens qui méditent, qui font du Yoga, tout est paisible.

J'expérimente le Shit Pit, le coin toilette. Un petit sentier mène à un petit bosquet où une petite tranchée a été creusée. Un petit panneau à l'entrée explique comment bien déposer son « présent à la Terre » Les gens attendent leur tour en discutant, assis sur un tronc. Il y a une bouteille d'eau vinaigrée pour se laver les mains, des cendres pour recouvrir. On passe devant les anciennes tranchées remplies et recouvertes : c'est tout propre,  on voit à peine les traces qu'il y avait quelque chose à cet endroit, la seule différence sera que les arbres grandiront mieux à cet endroit.  Quand une tranchée est pleine, le responsable crie « help in the shit pit ! » et une équipe vient aider à en creuser une nouvelle.

J'expérimente aussi la douche. C'est un simple tuyau qui vient de la rivière, soutenu par un trépied en bois, avec un genre de palette pour poser les pieds, le tout au milieu des fleurs et des buissons. Les gens attendent leur tour, d'autres se sèchent au soleil, tous nus.

Et puis je fais mon tour d'aide à la cuisine. C'est quand on a envie. Mais s'il n'y a vraiment personne pour aider on crie « help for the kitchen ! » et d'autres volontaires arrivent.

On lave la vaisselle de la veille (les gros plats, car les assiettes, chacun lave la sienne. Il y a une tente cuisine. Comme un camp scout, une table est construite en bois, sous une grande bâche tendue. On se lave les mains avant avec du vinaigre et de la cendre. Une petite tranchée remplie de cailloux sert à l'évacuation des eaux. Il y a un trou un peu plus loin pour le compost qui sera recouvert à la fin. Pour les autres déchets non naturels , chacun garde les siens et les ramène avec lui quand il quitte le campement. Le tour de cuisine très sympa, on expérimente un peu. On cuit au feu de bois. Il y a de grosses casseroles qui appartiennent à la rainbow family. Il y a un volontaire responsable pour chaque tour de cuisine, déterminé un peu à l'avance, parmi ceux qui ont déjà un peu l'expérience des rainbows. Aujourd'hui, on tente un méga mix de flocons d'avoine : potiron, carottes, oignons, betterave, gingembre pour le salé et pommes, banane, orange, dattes pour le sucré. Pas mal. Toute la nourriture est bio, acheté avec l'argent du chapeau magique. Régulièrement certains se chargent de retourner dans la vallée pour chercher la nourriture ou passer commande.

 

Le reste de la journée est occupée à faire des balades dans les alentours, superbes, joli coin des Alpes de Haute Povence, avec les sommets du Mercantour au loin, ou à participer aux différents ateliers proposés en continu. Je participe notamment à un atelier conte, une initiation au tao et à l'aikido, une reconnaissance des plantes comestibles (passionnant !), un autre de connection avec les plantes (un peu bizarre, il faut réussir à capter l'aura..) et un génial atelier de « sound painting », peinture du son où on fait un genre d'orchestre vocal.

 

Le soir, après le repas, souvent, la chanson du chapeau magique ne s'arrête plus, tout le monde se met à danser derrière le petit groupe et c'est le début de la fête autour du feu. Evidemment il y a des percussions mais aussi des musiciens incroyables qui jouent de la trompette, du violon,  de l'accordéon et autres. La musique est vraiment de qualité et tout est acoustique.

Le feu principal est le feu sacré, qui reste allumé en permanence. Autour du foyer, on ne fume pas et on enlève ses chaussures par respect. Il y a aussi deux ou trois autres feux dans d'autres coins avec d'autres ambiances, comme des badjanes, ces chants indiens, ou du jazz manouche

 

Un après midi, on entend l'appel « help for the food ! » Il faut aller donner un coup de main pour aller chercher le chargement de nourriture, à une demi-heure à pied. Les gens sont moyennement motivés mais on est un petit groupe à y aller. En chemin je fais connaissance avec Manu. Il est arrivé au rainbow par hasard, il faisait une randonnée à pied sur le GR et il est tombé sur le campement. Au début il a halluciné de voir tous ces gens à moitié nus qui faisaient plein de calins, et puis finalement il s'y est trouvé bien et ça fait trois semaines qu'il est là. On arrive au début du chemin carrossable où devrait attendre la voiture avec la nourriture. Il n'y a personne. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de réseau pour le téléphone alors c'est un peu dur de s'organiser. Mia sles gens attendent tranquillement, personne ne s'énerve. En discutant, avec les autres volontaires, je trouve du monde qui peut me ramener sur Montpellier à la fin de la semaine. Cool. Certains font un peu de méditation en attendant. Toujours rien. On est quelques uns à continuer à pied un plus loin, jusqu'à la tente du Welcome. Le Welcome, c'est un petit camp de filtrage, un petite tente à une demi-heure du rainbow où les gens se relaient pour informer les nouveaux venus, leur expliquer comment se passe un rainbow : pas de chiens, pas d'alcool, expliquer que ce n'est pas un festival ou la grosse teuf. Comme je suis arrivé par un autre chemin, je l'avais manqué à l'aller. Mais soudain, voilà un orage, on se réfugie sous la bache trouée. Heureusement, ça passe vite et comme il n'y a toujours pas de trace de l'approvisionnement, on se résigne à retourner au camp.

En revenant on croise un groupe qui vient aussi aider pour porter la nourriture. Ils viennent du camp. Ils nous disent que l'approvisionnement est arrivé. La plupart sont tous nus et plein de boue car il ont fait une danse sous la pluie pendant l'orage. On fait demi-tour sans trop y croire mais c'est vrai, entretemps la voiture est arrivée. C'est le maraicher avec son 4x4 qui a aidé à livrer toutes les cagettes de fruits. Le rainbow, c'est bien pour ça aussi, on fait marcher les producteurs locaux. Quelqu'un du groupe veut faire une bénédiction pour remercier la Mère Terre pour la nourriture. Le maraicher regarde ébahi tous ces gens nus en cercle en train de faire Om... Puis tout le monde revient à la queue leu leu sur le sentier dans la foret avec les caisses sur la tête. On dirait une tribu d'indigènes blancs, avec leurs cheveux longs, les corps bien bronzés de ceux qui sont habitués de se mettre nu, et ceux plus blancs des novices. C'est tellement naturel, c'est beau, tout simplement

 

Voilà, c'était un peu de l'ambiance du rainbow. C'est vraiment un autre monde et c'est incroyable de voir qu'un truc comme ça fonctionne, et avec une ambiance assez exceptionnelle

 

Je quitte le rassemblement au bout de quelques jours. Il vient d'y avoir une grosse pluie, tout le monde s'est réfugié sous les tentes communes. En se serrant il y a de la place pour tous. Pendant qu'on mange, certains commencent à faire de la musique. Du coup, l'ambiance très festive sous la pluie. J'aurais bien envie de rester encore, je commençais vraiment à m'habituer mais les gens qui vont à Montpellier partent maintenant. Bye bye rainbow. Pendant que je m'éloigne sur le sentier à travers la montagne, il y a surement eu un bel arc en ciel derrière moi.