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18/12/2005

Abomey

Le voyage en train m'a mené à Abomey. C'est l'ancienne capitale du Dahomey, un ancien royaume africain de la région. A Abomey, il y a donc plusieurs palais royaux, classés à l'UNESCO. Alors moi, bêtement, j'imaginais un palais genre Tombouctou, au milieu de la savane, avec pleins de touristes puisque c'est classé à l'UNESCO quand même (quoique.. il ne faut pas oublier que la ville du Havre est classée à l'UNESCO aussi.

Bon, alors en fait c'est pas trop comme j'imaginais. Déjà, je n'ai pas croisé un seul touriste. Je demande à la moto taxi de m'emmener au Palais Royal. Il m'emmene en pleine brousse devant une ruine de mur en terre au milieu d'une friche de palmiers. Je lui demande s'il est sûr de son coup. Il ne parle pas très bien français, alors finalement, je lui dis de me ramener vers le cente ville plutôt. le centre ville en fait, c'est un genre de marché géant avec des rues en terre rouge, pas du tout, mais alors pas du tout touristique. Je me sens un peu perdu quand même. Mais tout d'un coup j'aperçois un panneau UNESCO. Ah! Ca fait du bien un élément connu. Voici le Palais Royal. Alors à quoi ça ressemble ce palais royal? En fait c'est une succession de cours entourées de petits murs de terre et à l'intérieur on trouve des petits batiments carrés, en terre aussi et avec des toits de tôle... Dedans, on a quand même mis quelques objets du roi. le guide me montre tout ça.

Le Royaume du Dahomey, c'était un puissant royaume qui a réussi à tenir tête aux français jusque vers 1900, notamment grace à une fameuse armée d'amazones, particulièrement féroces. Au Dahomey, les successions royales étaient super compliquée et menaient toujours à des embrouilles. Le successeur du roi était désigné par le "Fa" (c'est un systeme de divination, genre tarot). En plus il fallait qu'il soit né le vendredi. Donc c'était pas forcemment l'ainé des fils du roi. Ainsi, en 1797, le vieux roi meurt et le Fa désigne son plus jeune fils, Guézo, pour lui succéder. Mais il est trop jeune pour régner alors son grand frère Adandoza fait la régence. Mais évidemment ensuite, il ne veut plus quitter le pouvoir. Alors il trouve une solution. En effet pour que le jeune roi soit intronisé, il faut abslument que sa mère soit présente à la cérémonie, ou son cadavre si elle est morte. Le méchant Adandoza fait donc kidnapper secrètement la mère de Guézo et il la vende comme esclave au Brésil. Du coup son frère ne pas être sacré roi tant qu'on a pas retrouvé sa mère et l'infâme Adandoza reste au pouvoir pendant 20 ans. Mais au bout de ces 20 ans, l'ignoble Adandoza se retrouve avec des dettes auprès d'un riche commerçant négrier portugais, De Souza.

Oui, parce qu'il faut savoir que ces petits royaumes africains de la côte, c'est eux qui fournissaient les négriers en esclaves. Pas joli, joli tout ça... Mais donc voila que l'abominable Adandoza s'est endetté alors comme ça diminue son prestige et tout ça, il fait enfermer De Souza. Mais la famille de De Souza ne va pas se laisser faire. Qu'est ce qu'ils font? Ils vont rechercher la mère du vrai roi au Brésil et la ramènent en Afrique, après 20 ans. Comme ça Guézo peut enfin être sacré roi et l'imposteur, l'affreux Adandoza, est chassé du Royaume, et De Souza est libéré.

Donc voilà un peu ce qui se passait au Royaume de Dahomey. Et des histoires comme ça ça arrivait assez souvent parce que la succession avec le "Fa", ça embrouillait un peu tout le monde...

Alors moi, après avoir visité le Palais Royal, je sui sallé rejoindre mon amie Céline à la Mairie. Céline est en mission pendpour la coopération française, pendant une semaine auprès de la mairie d'Abomey pour les aider à créer leur office de tourisme. Et apparemment c'est pas triste, parce que le maire... Bon, Abomey il faut savoir que même si c'est classé à l'UNESCO, c'est pas du tout touristique. A tout casser il y a quelques milliers de touristes par an et ceux qui viennent, c'est les motivés. Et le maire, lui, il voudrait faire construire un hotel 3 étoiles de 400 lits, avec piscine et golf. Et aussi un bus climatisé pour faire le tour de la ville, comme à Paris... Pour les touristes américains il dit. Alors Céline a essayé de lui faire comprendre patiemment que la Coopération ne finançait pas ce type de projets.

En fait à Abomey, il y a beaucopup de choses mais ce n'est pas visible pour le non initié. Car Abomey, c'est aussi la capitale du culte Vodou. Si on ne connait pas, on ne voit rien. Mais pendant que Céline discutait à la Mairie, je me suis baladé avec Gabin, le futur directeur de l'office de tourisme. Et lui, il est passionné de Vaudou. Il m'a montré tous les petits temples en terre devant chaque maison. Et chez lui, il a une collection privée d'objets vaudou. Le Vaudou, c'est pas très très clair mais je vais essayer de vous expliquer ce que j'ai compris : c'est une religion qui est basée sur le culte des forces de la nature. Mais en fait, c'est l'homme qui est au coeur de toutes choses car les esprits de la nature sont en fait les esprits des ancêtres, les vodouns. C'est assez dur à cerner comme religion, c'est un truc d'initié avec pleins de cérémonies secrètes. Ca s'accompagne de pleins d'objets bizarres, des statuettes, des autels portatifs, des phallus en bois et des tubes pour symboliser le sexe féminin, tout ça pour célébrer la force créatrice de l'homme... Moi j'étais un peu mal à l'aise au milieu de toutes ces statuettes. En fait les statuettes , c'est marrant parce qu'elles ressemblent beaucoup à celle qu'il y a dans "Tintin et l'oreille cassée", je sais pas si vous voyez... Et puis moi ce qui m'a particulièrement intéressé, c'est que dans sa collection, il y avait un collier fabriqué avec des vieilles pièces de 3 francs. Des pièces de 3 francs! On avait des pièces de 3 francs avant? C'est idiot, ça à quoi? Pourquoi pas des pièces de 7 francs pendant qu'on y est.

Bon, voila pour le culte Vodoun... Et Abomey au final, ça m'a bien plu. Cette ambiance de grand village à l'africaine. Mais le futur office de tourisme aura du boulot

22:07 Publié dans Bénin | Lien permanent | Commentaires (2)

17/12/2005

Le train...

Ca faisait longtemps que je voulais faire prendre un train africain. Il paraît que ça vaut le détour. Alors j'ai décidé de rejoindre Céline à Abomey par le train. Les trains en Afriquese délabrent complètement depuis la fin de la colonisation par manque d'entretien. Beaucoup de lignes ont fer'mé mais il en reste quelques unes. Il y a le fameux Dakar-Bamako. Au Bénin, il y a une petite ligne qui rejoint le nord du pays : Cotonou -Parakou. Cette ligne est en voie d'abandon : Avant il y avait un train deux fois par jour, maintenant c'est un train tous les deux jours. En fait il n'y a plus qu'un train en service et c'est le temps qu'il fasse l'aller-retour. D'ailleurs ce train a l'air oublié par les béninois eux mêmes. Je demande au zemidjan (taxi moto) de me conduire à la gare. Apres 10 mn, il finit par m'avouer qu'il ne sait pas où c'est. Heureusement, on finit par croiser des rails. Pour trouver la gare, c'est facile, il suffit de suivre les rails. La moto s'engage le long des rails et on débouche sur le quai de la gare. le train est sur le point de partir. On charge les dernières marchandises et c'est parti, avec seulement 1/2 heure de retard.

Les compartiments sont un peu vieux, mais ca va, les banquettes sont encore là. On roule les portes ouvertes évidemment. Dans le train il n'y a pas grand monde. Mais au bout d'un kilometre, un premier arrêt. Et là, une foule jaillit des deux côtés du train et envahit le wagon avec toutes ses marchandises. En un instant, le train est bondé. Il y a du monde partout, assis sur des sacs dans le couloir, debout. C'est surtout des femmes avec leur boubous de toutes le couleurs. Tout le monde parle avec tout le monde, ça rigole. Au milieu de tout ça, passent des vendeurs de yaourt, de pommades magiques... Il y a gars en uniforme qui se fraie un passage. je suis étonné de voir un contrôleur. En fait, il serre les mains de tout le monde, fait un grand sourire, se marre avec les gars et repart. Mais je suis médisant car il y a quand même un autre contrôleur qui vient 10 mn après et qui demande les billets. Et tout le monde a son billet! Je sias pas qui c'était le premier gars en uniforme, peut être le conducteur du train...

Le train quitte la ville. On traverse un paysage bien africain. Des palmiers, d'immenses baobabs, et dispersés ça et là, des villages avec des maisons aux murs de banko (en terre) avecdes toits de tole ou en palme. A chaque arrêt, c'est la cohue. Il y a des vendeuses d'ananas, de banane, avec leurs énormes paniers sur la tête. Et ça s'entasse dans le train. Imaginez un métro parisien à l'heure de pointe, mais où chaque voyageur aurait deux ou trois grosses valises... Là-dessus arrive un passager qui veut monter avec son vélo. Et bien je ne sais pas comment il a fait mais il a réussi à monter avec son vélo. Rien n'est impossible en Afrique!

Enfin voilà. Maintenant je peux vous le confirmer, prendre le train en Afrique, c'est vraiment une expérience à faire.

Alors ce qui est dommage, c'est que tous ces vieux trains, le gouvernement n'a pas d'argent pour les entretenir, et les lignes ferment les unes après les autres. C'est bête car du coup on perd les infrastructures. or des lgnes de train performantes, ça permettrait de faciliter les échanges dans les pays et surtout de remplacer tous ces camions super dangereux et bien polluants qui encombrent les routes. Mais bon, déjà en France on a du mal à développer cette solution, alors imaginez en Afrique! Voila c'était le petit paragraphe militant....

10:45 Publié dans Bénin | Lien permanent | Commentaires (6)

15/12/2005

Le Centre Songhai

A Porto Novo, il y a quelque chose de très intéressant : le Centre Songhai

C’est une ferme école où des élèves peuvent venir se former aux techniques agro-biologiques. C’est un lieu qui m’a vraiment enthousiasmé car c’est avec de telles initiatives que l’Afrique peut relever la tête. Ca donne espoir. L’objectif est de promouvoir une agriculture viable pour les africains, leur permettant de se nourrir et de dégager un surplus pour la vente, tout en utilisant des techniques respectueuses du milieu, souvent inspirées de techniques traditionnelles améliorées.

J’ai été guidé par Amour à travers les 15 hectares de la ferme (Amour, c’est le nom du guide).
L’ensemble de la ferme fonctionne en autonomie de façon à ne pas dépendre de l’extérieur. Elle fabrique ses propres machines grâce à un atelier de souderie, une fonderie. Ce sont des machines simples, manuelles, utilisables à l’échelle du village : broyeuse de manioc, décortiqueuse d’arachide, machine à pédale pour extraire le lait de soja, four solaire avec un grand miroir. Toutes les cultures sont associées les unes aux autres pour se compléter.Par exemple le taro (un tubercule) est planté sous des papayers ou des palmiers à huile.Sous les bananiers on fait des élevages d’escargots (si, si !). Les escargots se nourrissent des feuilles mortes des bananiers.
L’enclos des pintades est clôturé avec des arbres dont les pintades mangent les branches.
Dans les bassins des poissons, on a aussi mis des canards. les poissons se nourrissent de leurs déjections.
Les élevages de poulets sont sur pilotis, ce qui permet de récupérer les fientes pour le compost.
D’ailleurs tous les déchets des cultures sont réutilisés pour faire du compost ce qui permet d’éviter d’acheter des engrais chimiques. Avec ses déchets, on fait aussi un élevage d’asticots qui servent à nourrir les poissons. L’eau des bassins des poissons, enrichie en nutriments, est ensuite utilisée pour arroser les champs.

L’eau des sanitaires est épurée par un système de lagunage : l’eau usée s’écoule dans plusieurs bassins successifs dans lesquels on a planté des jacinthes d’eau qui épurent l’eau. Les jacinthes sont ensuite utilisées pour nourrir les escargots mais aussi pour produire du Biogaz.Les déchets des bananiers sont utilisés pour faire des supports pour la culture des champignons.
C’est vraiment très fort. Tout est en interaction, tout est réutilisé. La ferme est ainsi en quasi autonomie et peut se passer de grosses machines et d’engrais. Et en plus c’est respectueux de l’environnement.

Toutes ses techniques sont assez simples à utiliser mais ne sont pas connues de la majorité des paysans qui continuent d’employer des techniques archaïques, comme l’agriculture sur brûlis, qui est un mode d’exploitation extensif peu rentable, consommateur d’espace, qui est de moins en moins adapté à la situation actuelle, où la pression démographique provoque un manque de terre cultivables.

C’est pourquoi un des objectifs principaux du centre est de former toute une génération d’élèves fermiers. Il accueille environ 200 élèves. La formation est gratuite car elle est financée par les bénéfices dégagés des ventes de produits. Le centre propose aussi des cours d’entreprenariat et des micro-crédits pour que les élèves puissent ensuite monter leur exploitation.